SUD Finances publiques

Social. À Rouen, au Havre ou encore à Bolbec et Elbeuf, des agents des services fiscaux ont exprimé leur ras-le-bol, hier jeudi, alors qu’étaient annoncées 46 nouvelles suppressions de postes en Seine-Maritime.

Photo Paris Normandie.frphoto Paris normandie.fr

Au total, rappellent les syndicats, « ce sont plus de six cents emplois qui auront été supprimés depuis 2002 dans le département ». Hier jeudi, alors qu’était officiellement annoncée une nouvelle coupe de 46 postes dans les effectifs seinomarins de la direction régionale des finances publiques (DRFIP), l’intersyndicale FO-Solidaires-CGT-CFDT a appelé les agents à exprimer leur colère.

Appel entendu à Rouen, où, au milieu de la matinée, une bonne centaine de personnes s’est regroupée durant quelques minutes à l’entrée du centre des impôts, après avoir perturbé la tenue du comité technique local, réunion au cours de laquelle était entérinée cette perte des 46 postes. « Soit l’équivalent de la suppression des trésoreries de Fécamp et de Bolbec, souligne Daniel Legrand, pour le syndicat Solidaires. Nous sommes l’administration qui a rendu le plus d’emplois en France depuis 2002 : plus de 36 000 ! » Un paradoxe, à l’heure où l’ampleur de la fraude fiscale n’a jamais autant défrayé la chronique et choqué l’opinion publique. « La lutte contre l’évasion fiscale, c’est nous ! », tempête Fabrice Tavernier, secrétaire départemental de la CGT finances publiques.

« On fusionne, on redimensionne, c’est une éternelle restructuration », poursuit ce dernier pour expliquer le nouveau dégraissage. Alors qu’au 1er janvier, la trésorerie de Clères allongera la liste de celles ayant récemment fermé - Le Tréport, La Feuillie, Saint-Aubin-lès-Elbeuf, Offranville, Fauville-en-Caux -, Hervé Pinel, délégué FO, dénonce des logiques de regroupements en faveur de « grandes plateformes interrégionales », inévitablement associées à des économies d’échelle. Des logiques qui ne semblent pas vouées à s’inverser... jusqu’à la possible privatisation même des activités fiscales, une éventualité que redoutent les organisations syndicales à l’horizon 2022.

« Certains nous ont avoué qu’ils prenaient des médicaments »

Sollicitée, la direction régionale des finances publiques de Normandie et du département de la Seine-Maritime n’a pas souhaité s’exprimer hier. D’après le décompte effectué par les syndicats, les 46 suppressions de postes affectent l’essentiel des trésoreries, services aux particuliers et entreprises du département. S’il n’est pas question de licenciements mais plutôt de départs non remplacés, admettent les représentants du personnel, « la charge de travail, elle, reste la même, et elle augmente pour tous les autres », insiste Hervé Pinel. Avec, à la clé, « les risques psychosociaux, la souffrance au travail : en battant le rappel pour cette journée de mobilisation, certains nous ont avoué qu’ils prenaient des médicaments pour venir travailler ».

Outre Rouen, la colère des agents des finances publiques s’est aussi fait entendre ce jeudi au Havre, à Bolbec ou encore à Elbeuf, où des tracts ont été distribués. Les contribuables ont en effet été pris à témoin, car au fil des baisses d’effectifs au sein des finances publiques, c’est aussi la « déshumanisation » du service, dixit Daniel Legrand, qui progresse. D’un côté des horaires d’ouverture au public réduits, de l’autre une incitation croissante à effectuer ses démarches en ligne. Or, « tout le monde n’a pas internet, il existe toujours des zones blanches en Normandie », note Hervé Pinel. « Dans certains cas, désormais, il n’est quasiment plus possible d’avoir un être humain en face de soi. »

D’après les syndicats, toujours, les services du département de l’Eure ne sont pas épargnés eux non plus : 25 postes y disparaîtraient en 2018.

Article "Paris Normandie.fr" du 14/12/2017